René Guy Cadou (1920-1951) Oeuvres et Archives

 

 



 

René Guy Cadou « est à tout le monde »(1)

Il entre dans le domaine public le 21 mars 2021.

 

Le 21 mars 2021 est une date particulière pour les poètes et les amateurs de poésie. Elle rappelle une voix discrète, comme un « bruissement d’eau claire sur les cailloux » (2), mais qui peut cependant s’emparer de vous sans retour possible.

Dans la nuit du 20 au 21 mars 1951, le poète René Guy Cadou disparaissait à Louisfert, village de Loire Atlantique, où il exerçait la profession d’instituteur. Une matinée qui ne ressemblait pourtant pas à un avant-printemps, mais à la tristesse d’une ciel maussade et plombé de Bretagne. La nouvelle circulait de bouche à oreille pour les habitants : « monsieur Cadou est mort ». L’homme s’en était allé, le combat d’Hélène, sa femme et sa muse, des amis poètes et écrivains commençait pour que cette œuvre lyrique de premier plan trouve sa place dans le panthéon de nos lettres. Ce qui est loin encore aujourd'hui d’être acquis…

1941, c’est la guerre. Un groupe de jeunes gens, épris de poésie et d’art, se rassemblent sur les rives du fleuve, à Rochefort-sur-Loire : Luc Bérimont, Marcel Béalu, Jean Bouhier, Jean Rousselot, René Guy Cadou, Lucien Becker pour les fondateurs et beaucoup d’autres, qui publieront dans les Cahiers de Rochefort jusqu’à la fin du conflit mondial.  Ils proclament que la poésie est en danger. Ils refusent le modèle littéraire imposé par le régime de Vichy. Jean Rousselot qui était dans le groupe, à mon sens, celui qui avait l’idée la plus exacte de la situation de cette école littéraire qui refusait d’en être une, écrira (3) :

« En 1941, les livres scolaires étaient signés Péguy, Claudel, Jeanne d'Arc, Pétain, Gobineau, Arno Breker à qui le père Maillol n'avait pas honte de donner sa caution, Abel Bonnard, à qui Cocteau demandait de ne pas oublier Renaud et Armide dans les cartons de la Comédie-Française, Marcel Jouhandeau qui graissait ses bottines pour aller en Allemagne s'extasier sur « un grand peuple qui » et qui aurait l'audace, après la guerre, d'adhérer à la société des Amis de Max Jacob, assassiné par ce même grand peuple. J'en passe et des meilleurs. Nous étions tous, naturellement, les ennemis de ces gens-là. Mais nous étions tous également contre certaine mystique nationale-bondieusarde qui se cristallisait alors sur le nom de Patrice de la Tour du Pin, béatifié de son vivant (et chacun peut voir aujourd'hui ce qu'il en reste) et contre certaine poésie « de résistance » que son excessive prudence allégorique rendait inoffensive et qui, par sa forme, faisait retomber la poésie française dans l'ornière bien-pensante et bien-diseuse d'où Apollinaire, Cendrars, Max Jacob, Reverdy, les dadaïstes et les surréalistes l'avaient arrachée. Les longs poèmes compacts et obscurs de Pierre Emmanuel, qui tiraient un peu grossement la ficelle biblique et apocalyptique, n'étaient pas non plus sans nous casser les pieds. Il nous agaçait enfin d'apprendre que, dans les cafés avoisinant la N.R.F., de farouches poètes résistants trinquaient avec Drieu la Rochelle. »

En zone sud Louis Aragon et Pierre Seghers engagent la poésie dans le roman national. Le groupe de Rochefort refuse tout Manifeste qui engagerait la poésie sur le plan idéologique et politique. Elle doit garder toute sa liberté de traduire par les moyens qui sont les siens le rapport émotionnel de l’homme au monde ; ainsi Rochefort n’adhèrera pas à la poésie nationale, version Aragon… Si Cadou, comme beaucoup d’intellectuels, rejoindra le Parti Communiste à la Libération, il refusera toujours le modèle proposé par ceux qui allaient diriger le Comité National des Ecrivains.

Nantes et sa région paient alors très cher le prix du refus de l’oppression nazie et vichyste. Cadou est alors un jeune poète situé entre les influences de Max Jacob et de Pierre Reverdy. Max cherchant d’ailleurs surtout à le mettre en face de son propre démon, tandis que dans ses premiers textes Cadou est tenté par le ton impersonnel de Reverdy. L’Histoire va profondément modifier son cheminement en poésie : le 22 octobre 1941, alors qu’il exerce comme instituteur suppléant, il quitte en vélo Chateaubriant pour revenir à Saint-Aubin-des-Châteaux. Il croise sur la route les camions qui transportent les 27 otages vers la sablière de Chateaubriant où ils seront fusillés quelques instants plus tard (Lire: Les Fusillés de Chateaubriant). Il y aura l’épisode des fusillés du maquis de Saffré où il échappe à la mort : « Ich bin ein Dichter » (je suis un poète) répond-il à un officier de la Wehrmacht qui vient de l’appréhender. Ce dernier l’enjoint de se sauver rapidement. Les poèmes de la fin de la guerre, regroupés sous le titre « Pleine Poitrine », libèrent une poésie de la fraternité, de l’amitié, de la liberté végétale et du refus de l’oppression. Cadou s’écarte des rives refroidies de Reverdy. Le poète a trouvé sa voix. 


"...Mais ce soir où je suis assis près de ma femme
Dans une maison d'école comme autrefois
Je ne sais rien que toi Je t'aime comme on aime
Sa vie dans la chaleur d'un regard d'avant soi."

Lire: La Saison de Sainte Reine


C’est dans cette maison d’école de Louisfert, que Cadou et sa femme Hélène s’installent à la rentrée scolaire de 1945. Le poète va mener la vie simple de l’instituteur de campagne, dans ces années d’après-guerre difficiles. Tous les soirs après la classe, c’est le même cérémonial : il raccroche la blouse grise et monte dans la chambre d’écriture au premier étage, face « à la grande ruée des terres » (Lire: le Chant de Solitude). La douce présence d’Hélène lui inspirera des poèmes d’amour qui devraient compter parmi les plus beaux de la littérature de langue française. Les premiers signes d’une maladie qui l’emportera en mars 1951 apparaitront à la fin de 1946. Ferveur de la création, Cadou écrit avec obstination comme s’il pressentait qu’il ne fera « …jamais que quelques pas sur cette terre » (Lire: La Barrière de l'Octroi). Si Cadou est un grand poète de l’amour, de la fraternité, de l’amitié, du règne végétal, il faut y ajouter le thème de la mort.(Lire: Les Biens de ce Monde)

Cette œuvre entre aujourd’hui dans le domaine public : passionné par cette poésie, mon travail littéraire et aussi musical sur elle – puisque je mets en musique Cadou depuis 1967 – m’a conduit durant ces dernières années à numériser systématiquement l’œuvre et ce qui a pu être écrit sur le poète. L’utilisation de l’outil informatique peut-il donner à Cadou une surface et une reconnaissance plus large que l’édition imprimée, qui est tributaire des modes et des lois du marché. Rappelons qu’à la Libération Cadou déclarait que celui qui n’était ni rallié aux positions esthétiques du PCF et d’Aragon, ni dans le sein de l’Eglise catholique, n’avait aucune chance d’être publié. Rappelons que l’éditeur Gallimard a refusé après la guerre d’éditer Hélène ou le Règne végétal, alors qu’il s’y était engagé. Qu’il a fallu les interventions obstinée de Jean Rousselot et de Luc Bérimont en direction de Pierre Seghers pour que ce dernier accepte de publier Les Biens de ce Monde, alors que le poète n’avait plus que quelques semaines à vivre. Ainsi vont les modes littéraires et les implications de la politique officielle ou de la religion contre la liberté de création: ce n’est pas autre chose qu’une gendarmerie des consciences. Toutefois Pierre Seghers, après les années du roman national, rectifiera le tir et fera plusieurs éditions de la quasi totalité de l'oeuvre poétique (Poésie la Vie entière)


Ce site offre donc à ceux qui le consulteront :


Note :

(1)Le poète a écrit un livre de souvenirs d’enfance intitulé, Mon Enfance est à tout le Monde.



 

Parce que c'est entre les hommes
Parce que c'est une question de fleurs rouges
Entre eux depuis des siècles
Parce que la vie est belle et désirable
Comme un puits dans le ciel...

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