Trotsky et les trotskystes face à la seconde guerre mondiale

De droite à gauche: Jan van Heijenoort, André Breton, Léon Trotsky et Diego Rivera (Mexico 1938)

 


Notices de présentation:

 

L’Afrique du Nord : une leçon de démocratie, par Marc Loris

Se basant sur un examen du système économique et la structure sociale des grandes nations modernes, les marxistes désignent la guerre actuelle comme une guerre impérialiste. La civilisation capitaliste a dépassé son apogée et les deux grandes guerres mondiales représentent des tentatives désespérées de l’impérialisme pour émerger d’une situation sans issue. La tâche de ceux qui veulent œuvrer à un développement supérieur de l’humanité n’est pas de collaborer à cette entreprise sans espoir mais d’ouvrir une issue en posant les fondements d’un ordre social nouveau. Cette vérité fondamentale est obscurcie pour un temps par des considérations superficielles comme « la défense nationale », « la lutte pour la démocratie », « la lutte contre la ploutocratie », etc. Cela correspond dans les masses à des sentiments plutôt vagues, dont la propagande gouvernementale s’empare, qu’elle pervertit et utilise pour dissimuler les objectifs réels de la guerre...


Où va la France ? par Daniel Logan

Le fait que les armées allemandes aient été si vite chassées de France n'est pas seulement dû à la supériorité militaire des Anglo-Américains, car la débâcle a été accélérée par le soulèvement du peuple français. A Paris et dans la deuxième ville de France, Marseille, les masses se sont soulevées, ont pris le fusil, dressé des barricades et chassé troupes allemandes et fascistes français avant l'arrivée des troupes alliées. Cette action a été imitée dans plusieurs villes moins peuplées. Dans les campagnes, les bandes de guérillas, le « maquis » ou, ainsi qu'on les a respectablement baptisées, les FFI (Forces Françaises de l'Intérieur) avaient conquis des villes et des villages, des départements entiers...

 


Mésaventures politiques de la bourgeoisie française, Marc Loris

La défaite militaire de la France a été suivie d'un développement politique notablement différent de celui des autres pays envahis par l'impérialisme allemand. Alors que les gouvernements hollandais et norvégiens transportaient simplement leur mobilier de La Haye et Oslo à Londres, le gouvernement français s'effondra, son essai de se rendre en Afrique du Nord pour continuer la guerre échoua et il céda la place à un nouveau régime...


Le conflit entre de Gaulle et Giraud, par Marc Loris

Il faut suivre de très près les événements d'Alger. Nous assistons là à un regroupement politique de la bourgeoisie française. Les difficultés qui apparaissent dans ce processus nous enseignent beaucoup sur l'avenir de l'Europe. Ecrasée militairement en juin 1940, la bourgeoisie française, sous la direction du gouvernement Pétain, s'est engagée dans la voie de la « collaboration ». mais avec les difficultés militaires allemandes, cette voie l'a conduite dans une impasse et le gouvernement de Vichy n'a aucune perspective d'avenir à offrir. La bourgeoisie française atomisée doit se regrouper autour d'un nouveau centre politique...


Darlan et les libéraux, par Marc Loris

L'accord de Washington avec l'amiral Darlan en Afrique du Nord a porté un rude coup au mythe de la démocratie qui dissimulait les objectifs réels de cette guerre. Maintenant Darlan le geôlier œuvre avec Eisenhower et Roosevelt à « libérer » la France. Chacun peut voir combien ils ont les mains sales, ceux qui apportent la liberté aux peuples d'Europe. Tous les idéaux démocratiques se sont soudain prostitués à un degré qui semblait impossible à beaucoup il y a seulement quelques semaines...


Tâches révolutionnaires sous la botte nazie, par Marc Loris

L’oppression nazie est passée sur l’Europe comme un rouleau compresseur. Sur tout le continent il ne reste maintenant entre le pouvoir nazi et la population aucune organisation légale dans laquelle les masses puissent trouver asile et se regrouper. Après la destruction des partis politiques et des syndicats, le travail de destruction a été étendu même aux organisations les plus neutres et les plus insignifiantes, car les nazis avaient peur — et à juste titre — que même la plus petite d’entre elles ne devienne un point-cristallisation de résistance. Les nazis ont introduit leurs agents jusque dans les groupes les plus petits, proposant d’adhérer à « l’Ordre Nouveau » ; même les collecteurs de timbres des organisations furent gleichgeschaltet.(Mis au pas)...


Le procès de Riom : la vérité sur la « démocratie » française, par Marc Loris

La vie politique de la zone non-occupée en France est une vie de prostration. « Asseyez-vous et taisez vous » semble être la maxime officielle. La presse suit servilement les directives d'une censure qui surveille tout, y compris la taille des caractères pour les titres. Elle fronce les sourcils devant toute polémique et seul le silence répond à la campagne enragée que la presse de Paris d'inspiration nazie déchaîne contre « la bande de Vichy ». Il est normal que l'octogénaire Pétain incarne ce paternalisme sénile.


L'Europe sous le talon de fer, par Marc Loris

Cet article se propose avant tout de donner des informations pour le lecteur non-européen sur la situation existant maintenant sur le continent qui fut pendant des siècles le guide de l'humanité. Nous réservons pour un autre article l'examen des perspectives et de nos tâches politiques. Les informations utilisées ici proviennent de bulletins et de revues spéciales, de conversations de l'auteur avec des personnes venant d'Europe et finalement de communications privées reçues d'Europe par des canaux clandestins...


France : baromètre tempête, par Marc Loris

De toute évidence, la vie politique française est entrée dans une nouvelle phase. Le gouvernement Pétain a abandonné l’espoir de rassembler le pays autour de lui par son paternalisme bienveillant ; il essaie maintenant d’une main tremblante de faire claquer son fouet. Le caractère bonapartiste de ce gouvernement a été notablement accentué dans la dernière période. Dans son discours du 12 août, Pétain a reconnu que tout le pays était contre lui et qu’avec les baïonnettes allemandes, le seul soutien du régime était la police. Son régime repose sur une base si mince qu’il est secoué par les plus minimes changements...


Perspectives pour l’Europe, par Marc Loris

Pendant la première guerre mondiale impérialiste, les troupes allemandes occupaient à l’ouest la Belgique et un sixième du territoire français, outre un certain nombre de pays d’Europe centrale et des Balkans. Mais l’existence d’un front et ses continuels changements de tracés donnaient aux conquêtes allemandes un caractère précaire. Une grande partie de la population civile avait été évacuée et il n’y avait guère d’activité agricole ou industrielle dans les pays envahis...


La question nationale pendant la guerre, par Marc Loris

La question nationale en Europe (1942)

Avec la guerre civile américaine, les guerres de l'unification italienne, les guerres de la Prusse contre l'Autriche et la France, le troisième quart du XIXème siècle marque la fin de l'époque de la formation des grands Etats bourgeois. Cela ne signifie pas pour autant que les questions nationales aient cessé de préoccuper l'humanité. On en est loin. Le développement inégal du capitalisme se manifeste en ce domaine comme ailleurs.

Coup d'œil sur le passé

Le problème national se posait alors de façon aiguë à un certain nombre de peuples de l'Europe centrale et du sud-est. Laissons de côté la lutte irlandaise, le problème alsacien de l'Allemagne, les questions catalane et basque en Espagne ; il y avait les nationalités opprimées des deux grands empires semi-féodaux, l'Autriche-Hongrie et la Russie, et ceux qui surgissaient de la désintégration de l'Empire ottoman. Le problème national en Europe apparaissait alors essentiellement comme un vestige de la grande tâche d'émancipation créée par la transition du féodalisme au capitalisme mais que ce dernier avait été ensuite incapable de résoudre totalement...


Le mot d'ordre de République en Italie et sa discussion dans le SWP , par Daniel Logan

Au début de juin 1944, les troupes alliées sont entrées dans Rome et la question de l'existence de la monarchie italienne est passée au centre de la politique italienne. J'ai observé pendant plusieurs semaines l'attitude de The Militant sur cette question. Le journal l'a simplement ignorée, conformément à sa politique antérieure qui a été, pendant des mois, d'ignorer complètement le problème des revendications démocratiques en Italie. Je décidai d'écrire un bref article sur ce problème. Il est daté du 9 juillet 1944, et, quelques jours plus tard, fut présenté au Secrétaire faisant fonction, le camarade Morris Stein et au camarade E.R. Frank...


Derrière l'affaire Manouchian : le dévoiement d'une génération, par René Revol

Pendant des années, staliniens, gaullistes et quelques autres ont tout fait pour effacer de l'histoire le rôle, dans la Résistance, d'étrangers et en particulier de militants juifs. Le combat pour la vérité, mené par certains témoins et historiens, révèle aujourd'hui que ces hommes et femmes n'ont pas été éliminés seulement des plaques commémoratives, des discours officiels et des ouvrages de circonstance...

René Revol met en cause la direction du parti stalinien dans l'accusation portée par Manouchian dans la lettre à Mélinée "ceux qui nous ont trahi..."Le PCF se préparait à gouverner avec De Gaulle, il a donc cessé de protéger les résistants du réseau Manouchian.


Le trotskysme en Inde pendant la guerre, par Charles Wesley Ervin

L'Inde était proche dans la stratégie du Comintern car elle était la pierre de taille du Raj, le fondement de l'impérialisme britannique. Nationalisme et lutte de classes y ont flambé à une échelle sans précédent après la Première Guerre mondiale qui avait accru la puissance de la bourgeoisie indienne et son niveau politique. Le Congrès national indien, l'appareil politique de la bourgeoisie indienne, souleva des millions dans sa campagne de Désobéissance civile. A un moment donné, en 1920, un million et demi d'ouvriers étaient en grève. Des révoltes paysannes éclatèrent dans le Bihar et le Bengale. Les Britanniques avaient peur de la révolution, Gandhi aussi, qui mit fin à la campagne après que des paysans eussent mis le feu à un commissariat de police avec des policiers à l'intérieur. Le Times avertissait « Dans les masses ignorantes de l'Inde, une révolution politique deviendrait une révolution sociale en peu de temps »


La guerre comme « révélateur ? », par Pierre Broué

Le présent numéro des Cahiers Léon Trotsky est directement issu du travail sur les volumes 16 à 24 des Œuvres couvrant les années 1938 à 1940, mais il s'est développé ensuite de façon presque autonome, échappant même à nos intentions originelles.

L'approche de la guerre, puis sa déclaration, ont fait resurgir devant nos yeux tous les problèmes posés par l'attitude des révolutionnaires vis-à-vis de la guerre — principes et tactique — avec bien entendu une réaffirmation de l'attitude léniniste lors de la première guerre mondiale, mais aussi la façon dont la « défense de l'U.R.S.S.» venait dans la guerre infléchir inévitablement la ligne en ce domaine, à partir du moment où elle se trouvait liée à un bloc de pays capitalistes contre un autre bloc. Nous avons découvert, au moins autant dans la correspondance que dans les textes destinés à publication, que rien n'était simple, même pour Trotsky, et qu'en d'autres termes il s'agissait de questions d'autant plus simples qu'on ne les comprenait pas.

PB ébouche sur la question de la résistance à l'oppression nationale, qui a en fait un contenu social...

« Les ouvriers veulent se battre contre le fascisme, mais il n'est pas possible de combattre le fascisme « à la Pétain ». Et c'est pourquoi nous devons devenir des « militaristes », des « socialistes révolutionnaires prolétariens militaristes ».


Le trotskysme et l'Europe pendant la deuxième guerre mondiale, par Gerd-Rainer Horn

Cette étude a été proposée aux Cahiers Léon Trotsky par Gerd Rainer Hom, étudiant allemand aux Etats-Unis. Elle a été traduite de l'américain par Janine Bauduin. Nous avons respecté tous ses développements malgré une tendance à prononcer des sentences qui n'est pas dans la tradition de notre revue. L'essentiel est qu'il s'agisse d'un travail sérieux qui peut nourrir une discussion riche. Nous avons dû en revanche, pour des raisons de place, raccourcir sérieusement les notes. A propos de ces dernières, il nous a parfois paru nécessaire d'introduire quelques réponses ou remarques à propos de mise en cause ou de points de méthode, en indiquant qu'elles venaient de la revue par le sigle NDLR.
En ce qui concerne les références aux textes de Trotsky, nous avons utilisé les citations et renvoyé aux Œuvres en français dont il semble que G.R. Hom ne connaisse pas l'existence, mais que notre lecteur français trouvera plus facilement .(NDLR)


La question nationale et l'Europe, par SWP, extrait.

La chute de la France n'a pas seulement témoigné de la supériorité économique et militaire de l'Allemagne sur le continent européen ; elle a dévoilé la décomposition de la démocratie bourgeoise française comme l'incapacité de la bourgeoisie française à défendre sa propre nation contre les envahisseurs fascistes. Après avoir écrasé l'aspiration au pouvoir des ouvriers en 1936, les politiciens capitalistes et leurs lieutenants staliniens, socialistes et syndicalistes dans le mouvement ouvrier ont appelé les ouvriers français à lutter pour la patrie capitaliste afin de défendre la démocratie et l'indépendance nationale. Trompés par la bourgeoisie et trahis par leurs dirigeants, les ouvriers français ont perdu leurs droits démocratiques et leurs organisations de classe en même temps que l'unité et l'indépendance nationales. Le secteur principal du capitalisme français s'est engagé dans la collaboration avec les conquérants fascistes ; un autre groupe est passé dans le camp anglo-américain.


Un des derniers textes de Trotsky, la lettre du 13 août, tirée Fourth International, qui ne sera publié qu'en octobre 1940. Ce dernier est assassiné le 21 août.

Nous devons à mon avis renforcer et approfondir notre campagne contre les tendances pacifistes, les préjugés et les mensonges. Les libéraux et les démocrates disent : « Nous devons aider les démocraties par tous les moyens, sauf par une intervention militaire directe en Europe ». Pourquoi cette limitation stupide et hypocrite ? S’il faut défendre la démocratie, il faut la défendre aussi sur le sol européen. Bien plus, c’est là le meilleur moyen de défendre la démocratie en Amérique. Aider l’Angleterre, écraser Hitler par tous les moyens, y compris l’intervention militaire, serait la meilleure façon de défendre la « démocratie américaine ». La limitation purement géographique n’a pas de sens, ni du point de vue politique, ni du point de vue militaire.


De la Guerre à la Révolution ? une critique de la résolution internationale au 15e plénum anniversaire; par Morrow, Felix.

Nous publions ici, à la suite des études et articles ci-dessus, un certain nombre de documents émanant d’une des premières oppositions à la direction de Cannon apparue dans le SWP après la mort de Trotsky, celle de Felix Morrow (Cassidy), Albert Goldman (Morrison) et Jean van Heijenoort (Marc Loris). Ce qui caractérisait ces trois hommes était leur connaissance personnelle du mouvement trotskyste et plus généralement du mouvement ouvrier hors des Etats-Unis. Il nous a semblé que c’est un peu abusivement que certains des auteurs précédents, qui furent aussi leurs adversaires dans la lutte fractionnelle, réduisent leur opposition à un « mécontentement/découragement » et pensent infondée leur critique du « régime » du SWP. Nous citons ci-dessous sans commentaire les textes de ces opposants qui devraient amener à les juger de nouveau devant le « tribunal de l’histoire » des trotskystes, car l’essentiel nous semble avoir été leur position sur les questions européennes et le fait qu’ils furent empêchés de les développer largement et surtout à temps devant leur parti. Or il est clair qu’ils avaient sur l’Europe et ses possibilités révolutionnaires des espérances qui ont été déçues. Mais leur analyse les avait conduits à une compréhension de la situation et du rapport de forces en Europe infiniment moins schématique et plus proche de la complexité réelle que leurs camarades de la majorité. (PB)

 


 

Un trotskyste à New-York pendant la deuxième guerre mondiale : van Heijenoort.

« [Pierre Broué] J’ai abordé pour la première fois dans la nécrologie que j'ai consacrée à celui qui fut mon ami Van la question de son rôle dans l'analyse de la Deuxième Guerre mondiale et de sa position particulière sur ce point dans la IVème Internationale  . Les Cahiers Léon Trotsky ont par ailleurs publié un article de lui de 1942 sur « La Question nationale en Europe », permettant de souligner l'originalité de son analyse politique…

En fait van Heijenoort a défendu les positions inscrites dans les derniers textes de Trotsky en faveur de la « politique militaire prolétarienne », alors que la plupart des sections de la IVe Internationale seront sur la position du défaitisme révolutionnaire…


 

Trotsky et les Trotskystes face à la deuxième guerre mondiale

L’auteur a été amené à travailler sur les textes complets des documents reproduits par D. Guérin [Léon Trotsky, sur la 2ème guerre mondiale], et les accusations portées par les groupes trotskystes français contre lui présentant Trotsky comme un social-patriote. Il rétablit les faits :

…L'ouverture des « papiers d'exil », à Harvard, nous a donné accès à bien des documents qui, tous ensemble, permettent aujourd'hui de présenter une interprétation de la pensée de Trotsky qui n'est conforme ni à la version de Guérin ni à celle des militants qui ont défendu contre lui une « orthodoxie » calquée sur l'attitude des bolcheviks pendant la première guerre - avec un retard d'une guerre et très en retrait de la pensée de Trotsky telle qu'elle s'élançait après les premiers succès hitlériens de 1940…

Dans ses ultimes écrits Trotsky pose le problème de la « militarisation » du parti, et réclame une organisation militaire spécifique sous la direction d’officiers « ouvriers », cadres syndicaux ou militants des partis ouvriers. Position qui implique la rupture avec le courant défaitiste révolutionnaire. Citons :

« Dans les pays vaincus, la position des masses va être immédiatement aggravée. A l'oppression sociale s'ajoute l'oppression nationale, dont le fardeau principal est supporté par les ouvriers. De toutes les formes de dictature, la dictature totalitaire d'un conquérant étranger est la plus intolérable »…


 

L'ancien « trotskiste » du groupe Manouchian (1944)

Arben Abramowicz Dav’tian, militant bolchévik arménien qui fit toute la guerre civile sur le front caucasien, écarté des responsabilités en raison de ses liens avec l’opposition de gauche. Il gagne l’Europe occidentale et prend contact avec Trotsky et Sedov. En France il prend le nom de Manoukian, mais, s’il a des liens fraternels avec Sedov, il ne s’entend pas avec les militants français. Broué rétablit la vérité, sur d’éventuels soupçons concernant l’assassinat de Sedov. Concernant sa participation à la résistance il ajoute :

Rien, rigoureusement rien du côté trotskiste, n’indique la décision de « Tarov » de rejoindre les militants de la MOI et leur lutte armée se soit accompagnée d'une révision de ses positions politiques et notamment de son hostilité au stalinisme. Il a rompu avec ses camarades français pour ne pas leur faire courir de dangers car il savait qu'il s'engageait dans une activité qui le conduirait rapidement à la mort. L'hypothèse qui est suggérée par les souvenirs de ces derniers est corroborée par ce qui précède, c’est qu’il a réagi en patriote soviétique qu'il était et que c'était l’Union soviétique et la révolution d'octobre qu'il voulait défendre les armes à la main au risque au prix de sa vie contre les hitlériens abhorrés.

Il rejoint l’immigration arménienne dans la résistance et sera très proche de Missak Manouchian. Il sera fusillé avec le groupe de l’Affiche Rouge.


 

Le bilan post mortem

C'est en gros à partir de la fin de 1943 et jusqu'en 1946 que se discute le bilan des années précédentes, mais, pour certains des protagonistes, tout se passe comme si la situation s'était maintenue intacte, en quelque sorte « gelée » en Europe, où de l'eau a pourtant coulé sous les ponts hâtivement reconstruits…


 

La deuxième guerre mondiale : questions de méthode.

La 2ème guerre mondiale « interpelle » particulièrement les militants et les organisations qui se réclament de la pensée et de l'action de Trotsky, c'est-à-dire de la IVème Internationale. C'est en effet dans les ultimes mois de sa vie — les premiers de la guerre mondiale — que ce dernier a essayé de répondre aux questions concrètes de ce développement historique dans lequel il voyait le début d'un processus menant tout droit — en moins de dix ans, selon lui — à la révolution et à sa victoire sous la direction de la IVème Internationale, au moins dans plusieurs pays européens. Or on sait combien ce pronostic a été cruellement démenti.


 

Une position difficile sur une guerre sans précédent

La configuration de la guerre à partir de 1941 pose de difficiles problèmes théoriques aux trotskystes, qui se considèrent comme les « nouveaux bolcheviks », ceux qui prendront la direction de la révolution qui va inéluctablement suivre la guerre. Disciples de Lénine, ils se veulent évidemment fidèles à ses enseignements sur la Première Guerre Mondiale. Mais les données mondiales ne sont plus les mêmes et la situation est suffisamment complexe pour soulever bien des débats nouveaux. Bien sûr, une guerre entre l’Allemagne d'Hitler et la Grande-Bretagne de Churchill est pour eux une guerre entre impérialismes, donc une guerre impérialiste au cours de laquelle le combat pour renverser le capitalisme ne doit pas connaître de répit. De même, une guerre entre l’URSS et une quelconque puissance capitaliste impérialiste est d'un côté une guerre impérialiste, qui relève de la catégorie précédente, mais, de l'autre, une guerre de défense d'un Etat ouvrier…


 

Le déroulement de la guerre

Nous avons réuni ici des commentaires à chaud, descriptions et analyses de cette guerre en cours, en nous concentrant sur l’Europe, car c'est la révolution européenne que l'on espère en premier, même si on sait l'entrevoir, par exemple en Inde…


 

La révolution n'a pas eu lieu ! Une aussi longue attente

Cette révolution que beaucoup craignaient, et que plus nombreux étaient ceux qui l'appelaient de leurs vœux, n'a pas eu lieu. C'est là notre souci : essayer d'expliquer pourquoi, cette fois non pas à partir de ses adversaires, mais à partir de ses partisans…


 

La lutte contre la deuxième guerre impérialiste mondiale (novembre 1940)

Les CLT publient des documents rédigés par Barta en novembre 1940, pseudonyme de David Korner (1914-1976), militant trotskyste qui sera fondateur après la guerre de l'UCI (Union Communiste Internationalise), courant qui donnera naissance ultérieurement à l'organisation Lutte Ouvrière. Barta condamne les zigzags de la politique de Staline et de la IIIème Internationale, passant du soutien à Laval et à l’impérialisme français en 1935 au pacte germano-soviétique Hitler-Staline en 1938. Formellement Barta reprend la politique de Lénine pendant la 1ère guerre mondiale, à savoir que les révolutionnaires n’ont pas à choisir un camp impérialiste contre un autre et doivent préparer la transformation de la guerre impérialiste en guerre civile. Il défend le défaitisme Révolutionnaire. Il écrit :

« Le rôle réactionnaire et antinational de la bourgeoisie, complètement dévoilé par la guerre, s'exprime actuellement sans équivoque dans l'action de ses deux sauveurs : Pétain et de Gaulle. Par l'un elle se jette dans l'étreinte mortelle de Hitler, par l'autre, elle lutte pour la revanche, pour un nouveau Versailles dicté par l'impérialisme anglais. Mais dans un cas comme dans l'autre, son rôle ne peut plus être que celui d'exécutant docile. Plus que jamais la domination de la bourgeoisie signifie pour la France bassesse et servilité. »
Pétain et De Gaulle sont renvoyés dos à dos :

« Les mots d'ordre dits nationaux qui, sous une forme démagogique, exaspèrent les sentiments nationaux, nous les repoussons énergiquement. La force doctrinale de la Quatrième Internationale provient précisément de son intransigeance vis-à-vis des déviations petites-bourgeoises. »

La question de l’oppression nationale dans un pays sous domination nazie, côté allemand, et fasciste, côté Pétain, est artificiellement séparée de l’oppression sociale.


 

La question nationale durant la deuxième guerre impérialiste, C.E.I. de la IVe Internationale.

Le texte est introduit de la manière suivante:

A la veille de la deuxième guerre mondiale, Trotsky prenait sur la question nationale une position analogue à celle de Lénine pendant l'autre guerre et qui devait nous servir de guide général pour notre attitude envers les problèmes soulevés par l'occupation allemande de l'Europe...

Ce qui est manifestement faux présenté de cette manière: la position de Trotsky, concernant la 2ème guerre mondiale, n'était pas favorable au défaitisme révolutionnaire. Ce texte en fait prend le contre-pied face à une opposition interne, notamment au sein du SWP, favorable à la PMP (Politique Militaire Prolétarienne)...


 

Perspectives et tâches de la Révolution européenne

Résolution adoptée lors du Plénum du Comité Politique du SWP de novembre 1943

Ce texte est le premier résultat du conflit entre la minorité Morrow, Jan van Heijenoort... et la majorité favorable au défaitisme révolutionnaire. Il caractérise les positions de la minorité comme cédant aux pressions des partis bourgeois dans les pays sous domination nazie...

Le cours des événements mondiaux durant l’année passée peut être résumé en quatre points principaux d’une signification historique considérable. Ce sont :

1) La chute de Mussolini  et l’effondrement du fascisme italien, donnant le signal du commencement de la révolution italienne et par conséquent de la révolution européenne.
2) La prépondérance croissante des forces militaires anglo-américaines sur celles du camp de l’Axe, qui a déjà dévoilé les aspirations de Wall Street à remplacer l’Allemagne nazie comme maître et oppresseur de l’Europe, et pleinement mis en relief le rôle contre-révolutionnaire de l’impérialisme américain sur l’arène mondiale.
3) Les victoires colossales de l’Armée rouge.
4) La dissolution formelle de la Comintern (Internationale communiste).


Introduction sur le courant Barta

 

Il n'a pas été facile de choisir parmi les quelque 150 articles parus en une cinquantaine de numéros de La Lutte de Classes (d'octobre 1942 à juillet 1945) On pourra sans doute nous reprocher telle ou telle lacune. L'ensemble nous paraît cependant donner une image aussi fidèle que possible des idées, des préoccupations et des prises de positions de Barta pendant la guerre.

Bien entendu, de 1942 à 1945, aucun des textes de Barta ne parut signé, ni de son nom, ni d'aucun autre. Il ne fait pourtant aucun doute, (les témoignages concordent), qu'il est l'auteur de tous ceux publiés ici, à une exception près : l'article du 4 août 1944, (La Lutte de Classes n°34), commémorant l'assassinat de Jean Jaurès à la veille de la première guerre mondiale fut rédigé par Mathieu Bucholz, quelques semaines avant son propre assassinat par des membres du Parti communiste français, en septembre 1944...

« En tout état de cause, Barta a joué un rôle important à l'échelle du mouvement révolutionnaire. Il est anormal qu'il soit occulté même dans l'historiographie trotskyste. Le mouvement ouvrier a trop souffert des ratures et des réécritures intéressées de l'histoire pour que ceux qui souhaitent maintenir sa tradition révolutionnaire ne rétablissent pas la vérité. »

 


 

Le défaitisme révolutionnaire

La formule du « défaitisme révolutionnaire » — une de celles qui ont fait s'entredéchirer les socialistes au début de ce siècle dans des réunions obscures — est sans doute l'une des rares à avoir connu un étonnant destin. Aucune n'est plus universellement connue, voire employée dans le cours des décennies suivantes. Aucune non plus n'est l'objet d'autant d'interprétations différentes, voire contradictoires — et nous ne prenons pas ici en compte son interprétation « vulgaire » et à la limite policière, qui fait du « défaitiste » un agent de l'ennemi.

L'étude des textes de Trotsky sur la deuxième guerre mondiale nous a conduits à nous interroger sur la signification précise — voire les significations — de cette formule, sa place dans l'arsenal théorique des organisations communistes ou révolutionnaires en général, depuis son apparition dans l'empire tsariste au moment de la guerre russo-japonaise jusqu'à l'éclatement en 1939 de la seconde guerre.


 

A nouveau sur la Politique militaire prolétarienne (PMP)

L'article du vétéran britannique Sam Levy a paru dans Revolutionary History, 3, 1988, sous le titre « The Proletarian Military Policy Revisited ».

Fondamentalement, la PMP était l'application du programme de transition à une période de guerre et de militarisme universel, cette notion s'appliquant à la lutte pour le cœur et l'esprit, de même que les actes, de millions d'hommes mobilisés dans la machine militaire ou sur le point de l'être. Elle était centrée autour de la revendication de la formation militaire obligatoire pour la classe ouvrière, sous la surveillance d'officiers élus, dans des écoles spéciales d'entraînement fondées par l'Etat, mais sous le contrôle des institutions du mouvement ouvrier. Comme corollaire, les champs en question - la nation dans son ensemble - faisaient de ce concept un concept plus profond et plus large que ceux qui avaient été utilisés pendant la Première Guerre mondiale, car son objectif final était le renversement du capitalisme, à la différence de la Première Guerre mondiale où, au mieux, la possibilité en était espérée.


 

Défaitisme révolutionnaire

M. Morrison, « On Revolutionary Defeatism », Internal Bulletin, publié par le Socialist Workers Party, vol. IV, septembre 1942, pp. 6-10.

J’ai peur que nous n’ayons pas réglé le problème du défaitisme révolutionnaire avant l’instauration définitive du socialisme dans le monde entier. Car il y aura toujours des camarades qui lisent Lénine, pour la première ou la dixième fois, et nous opposent des citations qui prétendument prouvent la position des sectaires sur le défaitisme révolutionnaire, à savoir qu’un parti révolutionnaire doit prendre position pour la défaite de son propre gouvernement impérialiste face à un gouvernement impérialiste ennemi.

La question du sens du défaitisme révolutionnaire n’a pas été une affaire sérieuse dans nos rangs. Un parti qui n’est pas affecté d’une forte tendance ultra-gauchiste, un parti qui concentre ses efforts sur le travail dans les organisations de masse n’a pas à redouter qu’on soulève cette question. L’expérience du groupe trotskyste britannique montre cependant avec quelle avidité les sectaires ultra-gauchistes s’emparent de cette question et le tumulte qu’ils déclenchent dans un parti si ce problème n’a pas été correctement analysé et compris.


La politique militaire du PCF pendant la guerre

La question de l'appartenance à la résistance armée et l'évolution de Pierre Broué vers le trotskysme en 1944:

J’appartiens à une génération pour laquelle la question de la lutte armée s’est posée très tôt et très fort : j’avais 18 ans en 1944 et j’étais entré à la fin de 1942 dans une organisation de « Résistance ».
Mais c’est aussi en 1944 que j’ai rejoint le PCI qui venait de réaliser son unification. J’étais une espèce rare. On avait plutôt vu l’évolution interne. A vrai dire, bien des camarades étaient surpris que je considère ma participation à la Résistance comme la préface à mon entrée dans la IVe Internationale, que j’y voie progrès et non contradiction.

 


L'Algèbre de la Révolution

Défense de la dialectique matérialiste face à une offensive d'un courant du SWP et par ailleurs combattue par Trotsky dans "Défense du marxisme"...

"...Une vague en s'éloignant abandonne les plus lourdes pierres d'abord, les petits cailloux ensuite et emporte le sable un peu plus loin. Pour les déserteurs du marxisme, la plus lourde pierre est le cœur même de la doctrine — sa méthode — la dialectique. Ils l'abandonnent d'abord. La liste est longue des révolutionnaires fatigués, qui, depuis presque trois quarts d'un siècle maintenant, ont dénoncé la dialectique détestée pendant qu'ils continuaient toujours pour quelques temps à reconnaître "le déterminisme économique" de l'histoire ou même la "nécessité historique" du socialisme..."

 


« Science et Style » de Burnham

"...Quant au fait de rejeter la position de la Quatrième Internationale sur la nature de classe de l'État soviétique, Burnham est passé, qu'il l'ait voulu ou non, à une offensive générale contre les fondations même du marxisme. Une telle offensive fait « vieux jeu », mais dans son article « Science et Style » Burnham se propose « de la moderniser » avec l'aide de la science..."

 


Lev Davidovitch

Jan von Heijenoort travailla 7 ans auprès de Léon Trotsky, en qualité de secrétaire et de garde du corps: il laissa ce portait de lui émouvant dans les actes de la vie courante...

 


 

 

 

 

 

 

 

Auteur Titre (Le lien affiche la notice de présentation à gauche) Date Publié Numéro

Barta La lutte contre la 2ème guerre impérialiste mondiale Document Barta 1939-1945 Janvier 1993 49 word pdf
Broué, Pierre La guerre comme révélateur 1939-1945 Septembre 1985 23 word pdf
Broué, Pierre La politique militaire du PCF pendant la guerre 2002 Avril 2002 77 word pdf
Broué, Pierre L'ancien « trotskyste » du groupe Manouchian 1944 septembre 1985 23 word pdf
Broué, Pierre Introduction sur Barta 1939-1945 Janvier 1993 49 word pdf
Broué, Pierre Trotsky et les Trotskystes face à la deuxième guerre mondiale 1939-1945 septembre 1985 23 word pdf
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