Léon Sedov, le fils, l'ami, le camarade
Avec sa mère, qui fut plus proche de lui que personne au monde, nous endurons ces heures terribles, évoquant son image, trait par trait, ne pouvant croire qu'il n'est plus, et pleurant parce qu'il est impossible de ne pas le croire. Comment nous habituer à cette idée qu'il n'existe plus sur le globe terrestre, cet être humain chaleureux, lié à nous par les fils indestructibles des souvenirs communs, de la compréhension mutuelle et d'un tendre attachement? Personne ne nous connaissait et personne ne nous connaît comme lui, avec nos côtés forts et nos côtés faibles. Il était une partie de nous deux, la partie jeune. Pour des centaines de raisons, nos pensées et nos sentiments allaient chaque jour vers lui à Paris. En même temps que notre fils est mort tout ce qui demeurait de jeune en nous.
Adieu Léon ! Adieu, cher et incomparable ami ! Ta mère et moi ne pensions pas, ne nous sommes jamais attendus à ce que la destinée nous impose la terrible tâche d'écrire ta nécrologie. Nous vivions avec la ferme conviction que, longtemps après notre départ, tu serais le continuateur de notre cause commune. Mais nous n'avons pas su te protéger. Adieu Léon ! Nous léguons ton irréprochable mémoire à la jeune génération de travailleurs du
monde. Tu auras droit de cité dans les cœurs de tous ceux qui travaillent, souffrent et luttent pour un monde meilleur. Jeunesse révolutionnaire de tous les pays, accepte de nous le souvenir de notre Léon, adopte-le, comme ton fils, il en est digne, et que désormais, il participe invisible à tes luttes, puisque le sort lui a refusé le bonheur de prendre part à ta victoire finale
Extrait, 20 février 1938

Au temps de l'exil en Turquie, Léon et son père.