Il faut créer la commission d'enquête.
...Il est inutile de vous dire combien j'apprécie personnellement énormément la participation de personnalités aussi remarquables et aussi uniques que M. Dewey, ou celle d'un de mes adversaires politiques aussi éminents que M. Norman Thomas aux travaux du comité. Mais je me permets de dire que c'est leur devoir de ne pas s'arrêter devant la porte de l'enquête, mais de la franchir. Norman Thomas dit qu'il est trop exposé au feu des staliniens pour participer à la commission. S'il veut une commission que les staliniens reconnaissent et approuvent, nous n'en aurons jamais de telle. M. Thomas est connu comme mon adversaire irréconciliable. Cela n'est-il pas suffisant pour tout ouvrier honnête, pour tout homme honnête ?
Je comprends que M. Dewey hésite avant de descendre des hauteurs de la philosophie vers les bas-fonds des impostures judiciaires. Mais le courant de l'histoire a ses exigences et ses impératifs propres. Voltaire a attaché son nom à l'affaire Calas, Zola à l'affaire Dreyfus, et ni l'un ni l'autre n'a amoindri sa stature aux yeux de l'Histoire par ce « détour ». Les impostures de Moscou sont dix fois, cent fois, mille fois plus importantes que les affaires Calas et Dreyfus. Le plus célèbre historien américain a dit à l'un de mes amis qu'il ne peut, malgré l'intérêt qu'il porte à cette question, trouver le temps nécessaire à l'enquête parce qu'il va écrire un nouveau livre ? Je me permets de le dire : le plus grand ouvrage, historique, philosophique de notre temps, c'est la commission d'enquête elle-même qui l'écrira. Du fait de l'objectivité de ses buts, les résultats de sa recherche contribueront énormément à la compréhension de la dialectique du processus historique en général, et de celle de la révolution en particulier...
Extrait d'une lettre à la militante trotskyste Suzanne LaFollette.
La commission Dewey, du nom du philosophe américain, en mars 1937 à l'initiative du Comité américain pour la défense de Léon Trotsky. |